Cahors, capitale du Malbec ?

Pour ce dernier volet de nos interviews avec Patrice Foissac, nous lui avons demandé ce qu’il pensait des nouvelles techniques de communication des vins de Cahors.

Les étudiants : Que pensez-vous des nouvelles mesures visant à faire connaitre le Cahors aujourd’hui ?

Patrice Foissac : J’étais un peu agacé au départ, je vais être franc, par la politique un peu « tout Malbec » que propose Jérémy Arnaud. On a polémiqué même par presse interposée, réseaux sociaux … etc. On s’est un peu « chauffé » tous les deux et puis finalement, bon, à part cette idée de surfer sur la vague argentine avec le Malbec… Ça m’agaçait parce que moi je suis issus d’une famille de viticulteurs depuis la nuit des temps presque et voilà souvent on parlait de Cot ou d’Auxerrois, donc le Malbec… Mais bon, ça marche, sa politique a marché. C’est vrai que le Cahors a retrouvé de la qualité, bon c’est pas uniquement à cause de lui, je crois que les viticulteurs, et les jeunes en particulier, ont voulu faire de la qualité. Donc on arrive à avoir d’excellents Cahors, enfin je veux dire Malbec, et une notoriété, et là il y est pour quelque chose, il faut lui rendre hommage, à l’étranger, Etats-Unis, Canada… etc. J’étais un peu sceptique mais il a fait beaucoup. Et il a initié ces recherches, c’est grâce à lui, il nous a un peu « boosté » !

Donc « Cahors capitale du Malbec » ?

Oui, c’est la capitale historique. Nous on a tout à jouer par rapport aux Argentins, ici c’est l’origine du Malbec, c’est le terroir d’origine et il y a une histoire que les Argentins n’ont pas. Je crois que les Argentins recommencent à s’intéresser au vignoble père, ici, à la matrice, parce que pour vendre un vin aujourd’hui il faut de l’histoire. Alors c’est mieux de vendre des mythes, c’est mieux de dire que Jules César ne buvait que du Cahors, mais après il ne faut quand même pas prendre les gens pour des imbéciles. Il vaut mieux une histoire moins glorieuse que ce qu’on croyait mais qui est sincère et qui est une vraie et belle histoire que d’aller inventer des mythes absurdes qui plus tard feront qu’on se moquera de nous. Je suis fier et content. Ça a redonné du dynamisme à la région. Moi j’ai connu la polyculture chez mes grands-parents, ce n’était pas encore le renouveau du Cahors, c’était le tabac, le mais, un peu de vigne mais c’était pour boire à la maison, aujourd’hui mon cousin ne fait pratiquement plus que du vin. Au départ le Cahors était très tannique, on le buvait sur du gibier, des viandes bouillies, il fallait le supporter. Aujourd’hui il y a des Tannins très doux, très soyeux, vraiment il y a un effort qualitatif qui a été énorme. Ça n’a plus rien à voir avec le Cahors des années 1970 !

Pour vous est-ce qu’il existe un patrimoine viticole dans le Lot ?

Ça c’est une question qui est un peu délicate, il y a un patrimoine qui s’est adapté, qui était poly forme. Il s’est adapté finalement autant à la viticulture, qu’après au tabac… etc. Donc les caves, en particulier la maison à l’étage d’habitation et le rez-de-chaussée qui sert de cave à vin ou de chai, peuvent s’adapter à tout. Il y a eu une trop longue interruption pour qu’il y ait un vrai patrimoine viticole. Paradoxalement, le vrai patrimoine viticole, je pense qu’il est ici, dans les sous-sols de Cahors, dans ces grandes caves qui sont immenses parfois, très mal connues, évidemment on ne peut pas y pénétrer facilement, plus que dans les propriétés viticoles alentour. Ça me fait rire parce que chez mon cousin, c’est l’ancienne étable qui est devenu le chais. Tous se sont adaptés mais il n’y a pas eu de châteaux vraiment pour la viticulture, il n’y a pas eu de propriété spécifiquement viticole parce que l’époque du Phylloxéra a été trop longue. Entre l’époque avant le Phylloxéra ou on a fait du vin pendant des siècles et l’époque de mes grands-parents qui ont repris ça, il y a une interruption, mes grands-parents ne savaient plus faire du vin de Cahors, il faut être honnête. Je ne crois pas qu’on ait un patrimoine spécifiquement viticole, là il va se forger, dans les années qui viennent. Parce que les gens construisent de nouveaux chais.

Vous savez maintenant presque tout ce qu’il y a a savoir sur le vignoble cadurcien ! Pour découvrir la suite, rendez-vous dès demain et jusqu’au 10 juillet 2017 dans la cour de l’ancienne IUFM, avenue Henri-Martin à Cahors.

Les privilèges de Bordeaux, un frein pour le Cahors

Pour le troisième épisode de notre interview de Patrice Foissac, président de la Société des Études du Lot, nous vous proposons de découvrir en détail les relations entretenues entre Bordeaux et Cahors.

Les étudiants : La commercialisation du vin dépend-t-elle entièrement de Bordeaux ?

Patrice Foissac : C’est vrai qu’il y a eu ces privilèges bordelais, jusqu’à l’édit de Turgot en 1776, qui ont mis des bâtons dans les roues, et ça c’est incontestable. Les Bordelais ont tout fait pour éviter la concurrence. Ce traitement n’est pas réservé à Cahors, c’est tout ce qu’ils appelaient les « vins du Haut Pays ». Ils les bloquaient le temps de vendre leur vin et quand  ils les laissaient rentrer c’était sous des tas de conditions, toutes les entraves possibles aux « vins du Haut Pays ». Sauf quand ils en avaient besoin pour augmenter le degré de leur propre vin !

Donc toute la commercialisation passait par Bordeaux ?

Quasiment oui. A tel point qu’il a été question à un moment donné de classer le Cahors parmi les vins « de Bordeaux ». Moi dans ma famille, j’ai pu garder des écrits intéressants de l’époque de « l’âge d’or », c’est à dire du XIXe, mes ancêtres avaient une propriété importante à Albas et c’était un négociant bordelais qui venait leur acheter la récolte. C’est lui d’ailleurs qui leur annonce l’arrivée du Phylloxéra (insecte qui attaque et détruit la vigne à la fin du XIXe siècle, ndlr) auquel ils ne croient pas du tout.

Quels effets ont les privilèges dont bénéficient les bordelais sur la vente du Cahors ?

Ils bloquent en grande partie la vente. Cahors n’a pas assez de notoriété pour surmonter et pour vendre ailleurs qu’à Bordeaux. Finalement la topographie du pays ici ne se prête pas à  des exportations. On a vendu un peu sur le Haut Pays cadurcien, c’est à dire sur le Rouergue et le Cantal, mais peu. On a les registres consulaires de Saint-Flour (Commune du Cantal, ndlr) au Moyen Âge, où on voit qu’ils font venir leur vin du Midi Méditerranéen. Il y a un peu de vin de Cahors qui arrive mais il n’est pas considéré comme de grande qualité. Il y a quelques mentions éparses comme ça mais on a pas plus vendu le vin dans le Massif Central qui en manquait, qu’à Bordeaux. Donc c’est vraiment Bordeaux qui a été le débouché naturel et les Bordelais nous ont mis des bâtons dans les roues, considérablement. Mais bon, c’était de bonne guerre.

Retrouvez-nous la semaine prochaine pour le dernier épisode de notre interview !

Le vin de Cahors à l’époque médiévale

La semaine dernière nous vous présentions Patrice Foissac et la Société des Études du Lot. Nous revenons vers lui aujourd’hui pour aborder la production viticole au Moyen Âge.

Les étudiants : Pouvez-vous nous parler un peu du vin de Cahors à l’époque médiévale ?

Patrice Foissac : L’époque médiévale on en a fait un « âge d’or » de Cahors et là aussi, on sait que ce vin a été commercialisé, donc produit dans la région. On a des traces d’un vignoble au Moyen Âge, ça c’est absolument incontestable, important sûrement d’ailleurs, et de ventes à Bordeaux. De là, certains autres mythographes ont extrapolé. Ils ont fait de tout le vin qui transitait par Bordeaux du vin de Cahors. L’avantage des Anglais c’est qu’ils tenaient des registres dès le XIIIe siècle, on appelait ça la « Grande Coutume » parce qu’il y avait une taxe sur les entrées et les sorties de vin dans le port de Bordeaux. Et quand on regarde les textes, on se rend compte que Cahors tenait une place extrêmement modeste. De mémoire, je dirais vers 1308-1309 c’est 800 tonneaux, jauge bordelaise donc c’est déjà une quantité appréciable, donc ça existe, mais à coté de ça Villeneuve-sur-Lot ou Agen c’est 2000 et quelques tonneaux. Alors Cahors existe au Moyen-Age mais pas du tout comme on l’a dit. On a dit également que dès cette époque là on l’appelle le « Black Wine », moi je n’ai jamais trouvé la moindre trace, et mes collègues non plus, de l’appellation « Black Wine ». Les Anglais à l’époque utilisent le français ou le latin pour parler du vin. Ceci dit, je ne nierais pas que ça ait existé mais moi je ne l’ai jamais trouvé. La seule trace qui sert de certitude c’est qu’on a le roi d’Angleterre qui permet à des marchands de Cahors de vendre du vin sans payer de taxe à partir de Bordeaux mais rien ne dit qu’il s’agit de vins amenés de Cahors. Ils peuvent avoir acheté du vin sur place et faire du commerce avec l’Angleterre. Donc ces marchands, qu’on appelle « Caorsiens (Caorsins)» au Moyen Âge, font du commerce avec l’Angleterre, ça c’est sûr. Cahors fait même partie des places commerciales et bancaires importantes donc ces gens-là existent. Ils font du commerce de vin mais pas forcément le leur, ça peut être du vin de La Rochelle. Cahors est sur l’axe Montpellier-La Rochelle et c’est justement à la fin du Moyen Âge qu’on voit apparaître le cépage qu’on appelle aujourd’hui « Malbec », qui s’appelle Auxerrois ou Cot, et on se rend compte quand on fait l’analyse génétique de ce cépage qu’il est issu de la Madeleine noire de Charente et du Prunelar de Gaillac. Donc, vu la position de Cahors sur cet axe Montpellier-La Rochelle on peut légitimement penser que ce cépage a été mis au point au Moyen Âge, on ne sait pas trop à quelle époque. Vous voyez c’est relativement récent. Et il y a d’autres cépages qui existent, dire que le vin de Cahors tel quel, donc le fameux « Black Wine » d’aujourd’hui, était vendu en Angleterre, là aussi c’est extrapoler. Il y a une autre chose importante au Moyen Âge, c’est le Lot qui sert de voie navigable. A l’époque on exporte le vin à 90% par la voie navigable, le reste c’est des convois de mulets, vous voyez la quantité que cela peut représenter, c’est très modeste. Les grosses quantités voyagent par la rivière et on sait que la rivière Lot est difficilement navigable. Je ne dis pas qu’elle ne le soit pas, mais elle est très difficilement navigable. On a pleins de négociations entre le roi duc d’Aquitaine et l’évêque de Cahors pour améliorer la navigabilité du Lot. Mais c’est très difficile au Moyen Âge pour deux raisons. Le Lot est un cours d’eau très capricieux et à l’époque il n’y a pas les barrages qui le régulent aujourd’hui. Et puis c’est un cours d’eau qui sert beaucoup pour les moulins. Donc il y a beaucoup de moulins, qui dit moulins, dit chaussée et qui dit chaussée dit passage très étroit pour les bateaux. Jean Lartigaut appelait ça le « conflit entre les nomades et les sédentaires de la rivière ». C’était joli comme image. Le Lot ne permet pas l’exportation d’une grande quantité de tonneaux, ça c’est clair et net. Soit on les achemine par voie de terre, ce qui rend leur cout prohibitif, les gens du Moyen-Age ne sont pas plus idiots qu’aujourd’hui donc ils ne le font pas, soit on réduit les quantités. Donc il faut considérablement réduire la production du vin de Cahors au Moyen Âge. D’autant plus que la ville ici a 10 000 habitants environ, ce qui fait une grande ville pour le Moyen Âge, et qu’elle en consomme une grande partie. Le vignoble suburbain, donc autour de Cahors, est consommé directement sur place, je pense pour les trois-quarts de la vendange. On a extrapolé des textes qui ne peuvent pas servir de preuves, on  a voulu voir absolument que le vin de Cahors inondait l’Angleterre, ce qui est faux, et ce n’est pas parce que les marchands de Cahors on les retrouve en Flandre, on les retrouve en Norvège, on les retrouve en Angleterre que forcément ils commercialisaient leur propre vin. Ils pouvaient vendre du vin plus facile à exporter, de La Rochelle, de Bordeaux… etc. Moi j’ai fortement contesté cette théorie, ça ne m’a pas valu que des amis mais bon, c’est comme ça.

A quelle date peut-on considérer que le vignoble de Cahors gagne en reconnaissance ?

Il y a une étape importante qui est la fin du Moyen-Age – le début des temps modernes, lorsque François Ier va s’intéresser au vin de Cahors. Là aussi, on a trouvé une histoire qui est tout à fait vraie, c’est que François Ier demande au consulat de Cahors de lui envoyer un spécialiste de la vigne locale avec des cépages locaux pour les planter à Fontainebleau. Encore une fois les mythographes se sont dit que François Ier ne voulait boire que du Cahors. Il fait donc venir ce viticulteur qui revient à Cahors et qui reçoit le surnom de Lou Prince, en occitan « le prince ». Alors l’histoire est vraie. Sauf qu’il y a deux choses à nuancer. La première c’est que François Ier à Fontainebleau il fait une espèce de conservatoire national de tous les cépages du royaume et de l’étranger, donc Cahors au même titre que d’autres, ce qui veut dire que ce n’est pas une reconnaissance du Cahors en tant que tel. Et le surnom de ce viticulteur, qui s’appelait Jean Rivals, il l’avait bien avant d’aller à Paris. Moi j’ai trouvé ce surnom dans des registres avant son départ et il y a marqué « Rivals dit Lou Prince ». Mais quand même, le grand maitre de l’artillerie, le grand écuyer de France, Galiot de Genouillac, qui est un quercynois, c’est vrai qu’il fait connaitre à la cour de François Ier le vin de Cahors. Et c’est l’époque où les goûts commencent à changer. Jusque-là on n’aimait pas trop les vins corsés, les vins trop forts, on buvait du vin blanc dans les milieux aristocratiques. La beauté c’était le blanc, la beauté féminine c’était le teint le plus clair possible, la blondeur …etc. Et le vin c’était pareil, alors on le voit à Cahors au Moyen Âge quand on reçoit un hôte de marque on lui offre du vin blanc. Donc surtout pas le « Black Wine ». A l’époque de François Ier, les goûts commencent à changer et on va vers des vins de plus en plus corsés. Et à partir du XVIIe siècle, on aime bien boire des vins plus forts, donc le rouge profond, le « Black Wine », disons-le, devient beaucoup plus apprécié. C’est la que commence la reconnaissance de Cahors, qui va continuer à l’époque moderne. C’est le sujet sur lequel travaille ma collègue Sophie Lafon, elle fait une synthèse là-dessus. L’essor est donc progressif, au début assez timide parce qu’on le voit dans des ouvrages qui sont des livres de maison de bourgeois de Cahors ou des alentours dans lesquels ils disent qu’ils se méfient. Il y en a un qui dit « on a vu des gens mourir de faim avec une cave pleine de vin ». Donc ils préféraient privilégier quand même les céréales et sur les plus mauvais terrains, ils acceptaient de planter de la vigne. Donc XVII-XVIIIe siècle il y a une vraie reconnaissance et on arrive à une période ou la navigation s’améliore sur le Lot avec Colbert, on peut quand même avoir les premières écluses etc exporter vraiment vers Bordeaux sauf que Bordeaux met des entraves très sérieuses au vin de Cahors.

Est-ce que Cahors connait une période que l’on pourrait appeler ses lettres de noblesse ?

Non, il faut être honnête. Les lettres de noblesse, je ne sais pas si on peut appeler ça des « lettres de noblesse », c’est le fait que le vin de Cahors ait un degré d’alcool supérieur au vin de Bordeaux et il va servir de ce qu’on appelle le « vin médecin ». C’est à dire qu’il va servir à améliorer la qualité et la force du vin de Bordeaux par des mélanges et des coupages, aujourd’hui ce serait une hérésie. Il sert à remonter le degré, à améliorer la conservation du vin de Bordeaux.  On l’appelle aussi « vin de cargaison » parce qu’il se conserve mieux pour les voyages transatlantiques, on va le transporter vers les colonies parce que finalement sa conservation est meilleure. Pas que son gout soit foncièrement meilleur mais il conserve. Là aussi les mythographes ont été rapidement à l’oeuvre parce qu’ils ont dit que sur les bateaux les officiers buvaient du vin de Cahors pendant que les matelots buvaient du vin de Bordeaux. En fait, le vin de Cahors se conservant mieux, c’est vrai que surement il a  dû arriver des moment où les officiers préféraient boire du vin qui avait quand même un gout de vin plutôt que quelque chose qui avait tourné et si c’était du Bordeaux tant pis. Après quand on regarde par contre les achats fait par les officiers de marine il n’y a pas de vin de cahors, c’est des grands Bordeaux, des grands Bourgogne, des grands Champagne.  Donc dire que tous les officiers de navire de Sa Majesté buvaient du vin de Cahors, non, il faut oublier ça. Mais bon moi je pense que à partir du XVIIIe il a, noblesse peut être pas parce qu’il n’arrivera jamais au niveau du Bordeaux parce qu’ici la structure des propriétés c’est de la petite propriété, il n’y a pas vraiment de châteaux, pas de crus prestigieux comme il commence à y avoir à Bordeaux ou ailleurs. Il arrive à avoir une honnête réputation, voilà.

A partir de quelle période on commence à commercialiser le vin dans le Quercy ?

De tout temps, mais à une échelle très modeste. On a des traces vraiment d’exportation vers Bordeaux. Il faut pas dire qu’on n’a jamais vendu mais ça a toujours été à une échelle très modeste, surtout par rapport à des vins comme Gaillac par exemple. Il se trouve que la navigation est plus aisée sur le Tarn que sur le Lot. le Lot a longtemps été une rivière sauvage. Il faut attendre Freycinet, les écluses du milieu du XIXe pour avoir vraiment un Lot navigable et encore, quand il y a pas d’étiage.

La semaine prochaine vous en apprendrez d’avantage sur la commercialisation du vin et notamment sur les relations entre Cahors et Bordeaux.

La Société des Études du Lot, le master Patrimoine et la recherche

Au cours de nos pérégrinations dans le vignoble cadurcien, nous avons fait de nombreuses rencontres. L’une d’elles a été particulièrement riche pour notre projet, par ses apports scientifiques et les opportunités qu’elle nous a ouvertes. Cette rencontre, c’est celle que nous avons fait avec la Société des Études du Lot et son président Patrice Foissac.

Docteur en Histoire et professeur agrégé au lycée Gambetta de Cahors, ce dernier a répondu à nos questions avec un sens de l’accueil invariablement chaleureux.

Les étudiants : Pouvez-vous nous présenter la Société des Études du Lot ?

Patrice Foissac : La Société des Études du Lot, qui est en fait le raccourci de « Société des Études Littéraires, Scientifiques et Artistiques du Lot », fait partie d’un mouvement qui est né vers le milieu du XIXe siècle un peu partout en France et qui consiste à regrouper les amateurs d’histoire locale, d’art et de patrimoine local, de littérature ou encore de langues locales. Cette Société savante créée en 1872 n’est pas la plus ancienne de Midi-Pyrénées puisque puisqu’elle est précédée en 1831 par la Société Archéologique du Midi de la France. L’aventure perdure mais on a restreint notre activité à l’Histoire et au Patrimoine.

Quel lien existe-il avec le Master Patrimoine de Cahors ?

Il y a eu une rencontre entre vous (les étudiants du master, ndlr) qui travaillez sur le patrimoine et notre association dont le but presque unique aujourd’hui est de veiller à la protection du patrimoine. On a eu une action de documentation qui permet à tout le monde de profiter de notre bibliothèque amassée depuis plus d’un siècle maintenant et on défend aussi le patrimoine lorsqu’il est attaqué, malheureusement ça nous est arrivé plusieurs fois puisqu’il y a eu autour de nous des destructions importantes. La collaboration était presque évidente donc elle s’est faite. Nous sommes intervenus, Étienne Baux et moi-même, pour assurer les pages « histoire locale » dans la formation du master jusqu’à ces dernières années.

Le master Patrimoine de Cahors prépare actuellement une exposition et un livret sur le patrimoine architectural et l’outillage viticole lotois de 1800 à nos jours. Vous-même et quelques membres de la S.E.L. travaillez aussi sur le vignoble cadurcien, pouvez-vous m’en dire plus ?

L’impulsion initiale avait été donnée par Jean Lartigaut (historien médiéviste spécialiste du Quercy, ndlr) vers 1968 quand la Société a vu, avec satisfaction d’ailleurs, la reprise en qualité du vignoble, notamment avec l’obtention de l’A.O.C. (en 1971, ndlr). Il s’est rendu compte à l’époque qu’il y avait beaucoup de lacunes dans l’histoire du vin de Cahors. Il s’y est donc intéressé et a publié un article sur le vignoble de la Bastidette avec des archives familiales. Il souhaitait que la Société s’empare du sujet et aille plus loin. Malheureusement les circonstances ont fait qu’on n’a pas eu de chercheurs qui se sont consacrés vraiment au vin de Cahors. Donc on a assisté à la naissance d’un mythe du vin de Cahors avec des choses extrapolées qui avaient un fond de vérité mais qui ont été grossies, des choses complètement fausses voire délirantes. Alors il s’est construit cette mythographie et on avait le projet, depuis quelques années, de rebondir sur l’idée de Jean Lartigaut et de faire une vraie histoire du vin de Cahors. Faute de combattants, on s’était dit qu’on allait faire une compilation des articles publiés auxquels j’aurais ajouté ma contribution puisque j’avais travaillé à titre personnel sur la ville de Cahors. J’avais trouvé beaucoup de mentions du vin et je m’étais rendu compte assez vite que ça ne collait pas avec les mythes qui jusque-là étaient importés. Ce projet a finalement rencontré celui de l’U.I.V.C., l’Union Interprofessionnelle des Vins de Cahors, avec Jérémy Arnaud qui est venu nous voir en nous disant : « Il faut refaire cette histoire du vin de Cahors ! ». Il a fait appel à Pascal Griset et Léonard Laborie de la Sorbonne qui sont venus nous rencontrer. On a décidé de collaborer et de publier un ouvrage sur l’histoire du vin de Cahors mais sous forme d’articles. C’est à dire qu’on reprend des articles anciens et on complète avec les recherches récentes, donc les nôtres et les-leurs. L’idée serait de produire, d’ici la fin de l’année 2017 ou l’an prochain, un ouvrage scientifique sur l’histoire du vin de Cahors débarrassé de la mythologie. Ceci dit, la mythologie elle-même est un sujet d’intérêt, on peut étudier la mythologie en tant que telle.

En parlant de mythes, on entend souvent parler d’un vignoble cadurcien qui puise ses racines dans l’Antiquité, a-t-on des preuves de cette existence antique ?

Sur des sites archéologiques on a retrouvé des amphores vinaires mais qui n’attestent pas d’une présence reconnue d’un vignoble antique du vin de Cahors, contrairement à ce qu’on peut trouver sur le Gaillacois et sur le Bordelais, par exemple. On consomme du vin, on en produit sûrement ici à l’époque antique. On a quelques témoignages, notamment des représentations de scènes de vendanges antiques sur le Sarcophage des Vendanges (sarcophage aujourd’hui perdu, ndlr) ou encore dans la Vita de Saint Didier qui fait deux allusions à la production de vin, la première sur un domaine à Rostassac, pas très loin de Cahors, qui a apparemment une production importante. Mais il faut garder une réserve sur tout ce qui est « Vita », le texte est là pour faire l’éloge du Saint. La seconde trace c’est qu’il envoie à l’Evêque Paul de Verdun un cadeau. Et l’évêque de Verdun le remercie pour l’envoi de ces vases de « ce noble Falerne ». Le Falerne c’est un vin du sud de l’Italie. Immédiatement, les mythographes se sont dit que le vin de Cahors était tellement bon que Paul de Verdun le qualifie de vin de Falerne. Dans l’esprit du mythographe, c’est le vin actuel, intemporel, qui aurait traversé les âges, ce qui est stupide. Alors peut-être qu’il s’agit de vin de la région d’ici, peut être aussi qu’il s’agit de vin de Gaillac, parce qu’il ne faut pas oublier que Saint Didier et sa famille sont originaires du Tarn, et puis c’est peut-être tout simplement du vrai Falerne. À partir de là, on voit très bien le travail des mythographes, c’est à dire s’emparer d’un détail et en faire une certitude, ce qui n’est pas celui des historiens. Nous évidemment, on a une démarche critique et on va dire « soyons prudent ». Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de viticulture à cette époque-là, mais on n’a pas assez de preuves pour l’établir avec certitude.

Nous vous proposons de retrouver la suite de ses réponses dans trois articles à paraître d’ici la fin du mois.

Un article pour parler du vignoble

La constitution du vignoble cadurcien contemporain

couv46

« La viticulture tient un rôle central dans l’agriculture lotoise depuis la période moderne, ses aléas et ses enjeux comme ses avancées ponctuant l’histoire du département et la vie de ses habitants. 

Autour du vin, c’est en effet tout un patrimoine qui constitue l’identité du département : des paysages façonnés par la culture de la vigne, des domaines à l’architecture spécifique, des savoir-faire et un état d’esprit. Devenu un des symboles contemporains du Lot, le vin noir a en effet connu une destinée mouvementée, forgeant l’identité de la vallée du Lot. 

Comment la culture vinicole a-t-elle revêtu l’importance qu’on lui connaît ? Comment est-elle passée d’une culture vivrière à une monoculture ? Le propre du travail des étudiants du master Patrimoine de Cahors est d’en faire une lecture à travers l’analyse du patrimoine viticole, notamment architectural. » 

Vous voulez en savoir d’avantage sur la manière dont la viticulture a façonné le paysage lotois ?

Nous vous invitons à retrouver l’intégralité de notre propos dans l’article à paraître dans le numéro de printemps de Midi-Pyrénées Patrimoine.

Comme tous les ans, cette revue offre l’occasion aux étudiants du master patrimoine de s’exprimer sur le sujet de leur étude.

Dans cet article, nous abordons l’évolution de la place de la viticulture dans l’agriculture locale depuis le début du XIXe siècle, les différentes crises qui ont contribué à ses mutations jusqu’à aujourd’hui et leurs impacts sur l’architecture.

Vous pourrez également y trouver des informations sur la structure actuelle du vignoble cadurcien.

A travers cette présentation, nous souhaitons vous donner un avant-goût de ce que vous pourrez découvrir dans le livret et l’exposition que nous vous préparons. Nous vous donnons rendez-vous au vernissage le 26 avril 2017, rue du château du roi à Cahors.

Noël approche…

… aujourd’hui c’est les vacances !

C’est aussi l’occasion de vous tenir au courant de l’avancée de notre projet « Caves & Sarments » qui commence à prendre forme.
Nous avons défini un axe de travail, retenu un thème précis qui sera le fil rouge de l’exposition et du livret d’aide à la visite, et nous avons commencé à rédiger les contenus de chaque panneau d’exposition.

Nous choisissons doucement les prestataires qui travailleront avec nous sur la réalisation.

Vous pouvez écouter ici   l’entretien que nous a accordé Radio Présence, lire également l’article paru sur le site d’actualité MédiaLot ici.

Nous entrons en contact avec d’autres médias pour donner un rayonnement optimal à notre projet, nous vous en dirons plus bientôt.

Du côté de la campagne de recherche de mécénat, de nombreuses entreprises locales ont été contactées, nos soutiens sont de plus en plus nombreux. Encore un grand merci à elles.
Nous vous souhaitons de belles fêtes de fin d’année et nous vous remercions de nous suivre avec autant d’intérêt !

dscn0599

Nouveau millésime

 

automne-vignes-chloe-alternative-titre-recadree

Les étudiants du Master Patrimoine vous donnent rendez-vous autour d’un nouveau projet pour l’année 2016-2017 :

De la petite cazelle au bord du chemin à la grande propriété viticole, en passant par les chais anciens, impossible pour celui qui traverse notre département de ne pas croiser la route des viticulteurs ou les témoins de l’activité viticole.

Onze communes du terroir de  l’A.O.C. Cahors ont retenus notre attention :Albas, Anglars-Juillac, Bélaye, Douelle, Lagardelle, Luzech, Parnac, Pescadoires, Saint-Vincent-Rive-d’Olt, Trespoux-Rassiels, Vire-Sur-Lot.

Un an de rencontre avec des viticulteurs, de recueils de témoignages, d’inventaire, de collecte  et de  dépouillement d’archives est aujourd’hui achevé. Nous pouvons désormais nous consacrer à la réalisation d’une exposition et d’un livret de visite à destination d’un large public.

Nous remercions chaleureusement les maires des communes concernées, les viticulteurs et les particuliers qui nous ont accueilli pendant ces derniers mois, et qui ont donné de leur temps pour nous faire découvrir leur exploitation et nous faire partager l’histoire du lieu qu’ils occupent.

photo-illustration-de-larticle